En bref
- Le cofinancement, c’est la part du budget d’un projet prise en charge par l’Union européenne – jamais 100 %, toujours un pourcentage.
- Pourquoi ? Pour responsabiliser le porteur de projet et démultiplier l’impact de chaque euro public européen.
- Le calcul de base : Subvention UE = Budget éligible × Taux de cofinancement. Ce que vous devez trouver ailleurs, c’est le reste à charge (ou contrepartie nationale).
- Votre taux dépend du fonds (FEDER, FSE+, Interreg…), de la catégorie de votre région et du programme opérationnel concerné – vérifiez auprès de votre autorité de gestion.
Qu’est-ce que le cofinancement européen ?
Le cofinancement européen désigne le mécanisme par lequel l’Union européenne prend en charge une fraction du coût total éligible d’un projet, le reste devant être couvert par le porteur de projet via d’autres sources.
Pensez-y comme un apport personnel pour un prêt immobilier : la banque (ici, l’UE) finance une partie, mais elle exige que vous mettiez aussi la main à la poche. Si l’UE cofinance à 60 %, vous devez trouver les 40 % restants – c’est votre reste à charge, aussi appelé contrepartie nationale.
Ce mécanisme s’applique à tous les grands fonds à gestion partagée : le FEDER (Fonds européen de développement régional), le FSE+ (Fonds social européen plus), le Fonds de cohésion, et les programmes Interreg (coopération territoriale européenne). Il ne faut pas confondre le cofinancement – qui s’applique au niveau du projet individuel – avec l’additionnalité, un principe distinct qui s’applique au niveau de l’État membre (voir le mini-glossaire en bas de page).
Pourquoi l’UE ne finance-t-elle jamais 100 % ?
Deux raisons structurelles expliquent cette règle.
1. Responsabilisation du porteur. Quand vous avez mis de l’argent dans un projet, vous avez un intérêt direct à ce qu’il réussisse. Un porteur de projet qui n’apporte rien n’a aucune pression pour livrer des résultats. Le cofinancement crée cet alignement d’intérêts.
2. Effet de levier. Chaque euro européen est conçu pour en mobiliser d’autres. Un programme FEDER qui cofinance à 50 % génère, pour chaque euro investi par l’UE, un euro supplémentaire d’investissement national ou privé. À l’échelle d’un programme de plusieurs milliards, l’impact est considérable.
À ne pas confondre avec le principe d’additionnalité (niveau macro) : ce principe oblige l’État membre à maintenir un niveau de dépenses publiques structurelles au moins équivalent à la période précédente. Les fonds européens ne peuvent pas remplacer ce que l’État aurait de toute façon dépensé – ils s’y ajoutent.
Comment calculer son cofinancement ? Exemples concrets
La formule est simple :
Subvention UE = Budget total éligible × Taux de cofinancement
Reste à charge = Budget total éligible × (1 − Taux de cofinancement)
Un point crucial : le budget total éligible n’est pas forcément égal au budget total du projet. Seules les dépenses conformes aux règles d’éligibilité du programme (nature, période, pièces justificatives) entrent dans l’assiette éligible. Les dépenses inéligibles – TVA récupérable, amendes, dépenses hors période – restent entièrement à votre charge.
Voici quatre exemples construits à partir des taux officiels du Règlement (UE) 2021/1060 :
| Profil | Fonds | Catégorie de région | Budget éligible | Taux UE | Subvention UE | Reste à charge |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Collectivité | FEDER | Moins développée | 100 000 € | 85 % | 85 000 € | 15 000 € |
| Association | FSE+ | Plus développée | 50 000 € | 40 % | 20 000 € | 30 000 € |
| PME | FEDER | En transition | 200 000 € | 60 % | 120 000 € | 80 000 € |
| Consortium Interreg | Interreg | Transfrontalier | 300 000 € | 80 % | 240 000 € | 60 000 € |
Ces exemples illustrent l’écart considérable selon le profil : une collectivité en région moins développée n’avance que 15 000 € sur 100 000 €, quand une association en région plus développée doit couvrir 30 000 € sur 50 000 €.
Les taux de cofinancement par fonds et par région (2021-2027)
Les plafonds ci-dessous sont fixés par le Règlement (UE) 2021/1060, article 112. Ils s’appliquent au niveau de chaque priorité du programme opérationnel – le taux effectif sur votre projet peut être inférieur, selon ce que l’autorité de gestion a décidé.
| Fonds | Régions moins développées (PIB/hab. < 75 % moy. UE) | Régions en transition (75–100 %) | Régions plus développées (> 100 %) |
|---|---|---|---|
| FEDER | jusqu’à 85 % | jusqu’à 60 % | jusqu’à 50 % |
| FSE+ | jusqu’à 85 % | jusqu’à 60 % | jusqu’à 40 % |
| Fonds de cohésion | jusqu’à 85 % | – | – |
| Interreg | jusqu’à 80 % | jusqu’à 80 % | jusqu’à 80 % |
Note : Le Fonds de cohésion bénéficie aux États membres dont le RNB (revenu national brut) par habitant est inférieur à 90 % de la moyenne UE. La France n’est pas éligible au Fonds de cohésion. Les taux Interreg s’appliquent en règle générale à la coopération territoriale européenne.
Quelles régions françaises sont « moins développées » ?
La catégorisation repose sur le PIB (produit intérieur brut) par habitant en parité de pouvoir d’achat, mesuré au niveau NUTS 2. Une région est « moins développée » si son PIB/habitant est inférieur à 75 % de la moyenne de l’UE.
Pour 2021-2027, les régions françaises classées « moins développées » sont les DOM-RUP (départements et régions d’outre-mer / régions ultrapériphériques) : Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Mayotte et Saint-Martin. La Martinique est classée « en transition » pour cette période.
Pour 2028-2034, selon la proposition de la Commission européenne de juillet 2025, quatre régions françaises pourraient être reclassées « moins développées » : la Martinique, la Lorraine, le Limousin et la Picardie (correspondant aux périmètres NUTS 2 historiques, antérieurs aux fusions régionales de 2016). Ces régions pourraient bénéficier de taux pouvant atteindre 85 % – (taux à confirmer dans les règlements sectoriels post-accord CFP).
Pour le détail par territoire, consultez notre page dédiée aux régions moins développées.
Quelles sources de financement pour couvrir le reste à charge ?
Trouver la contrepartie nationale, c’est souvent le vrai défi. Voici les cinq sources habituellement acceptées :
- Fonds propres – la solution la plus directe, mais elle mobilise votre trésorerie. À anticiper, car les fonds européens remboursent après dépense (voir les pièges ci-dessous).
- Subventions publiques nationales et locales – État, région, département, commune : c’est la source de cofinancement la plus courante pour les collectivités et associations. Ces subventions sont généralement acceptées sans restriction particulière.
- Autres fonds européens – possible sous conditions strictes. Deux fonds européens peuvent contribuer au même projet, mais pas aux mêmes dépenses. L’interdiction du double financement est absolue.
- Prêts bancaires – acceptés dans certains programmes, mais vérifiez les règles d’éligibilité du programme concerné. La dette n’est pas toujours reconnue comme contrepartie valide.
- Recettes générées par le projet – pour les projets générateurs de recettes (infrastructures payantes, services marchands…), des règles spécifiques s’appliquent : les recettes nettes prévisionnelles sont déduites de l’assiette éligible avant calcul de la subvention.
Les 4 pièges courants sur le cofinancement
- Confondre taux de cofinancement et montant de subvention. Le taux s’applique aux dépenses éligibles, pas au budget total du projet. Si 20 % de vos dépenses sont inéligibles, votre subvention réelle sera bien inférieure au taux affiché appliqué au budget global.
- Oublier que les fonds européens remboursent après dépense. Dans la grande majorité des programmes, vous avancez les fonds, vous réalisez les dépenses, vous produisez les justificatifs – et vous êtes remboursé ensuite. Prévoir un plan de trésorerie solide n’est pas une option, c’est une nécessité.
- Compter deux fois la même dépense. Une dépense cofinancée par le FEDER ne peut pas être présentée au FSE+ ou à un autre fonds européen. Le double financement est interdit, contrôlé et sanctionné : remboursement des sommes indûment perçues, voire exclusion des programmes.
- Négliger l’assiette éligible. Toutes vos dépenses ne rentrent pas dans le calcul. La TVA récupérable, les amendes, les dépenses hors période d’éligibilité, les coûts non justifiés : tout cela est exclu de l’assiette et reste intégralement à votre charge. Vérifiez les règles d’éligibilité du programme avant de budgéter votre projet.
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Ce qui change pour le cofinancement en 2028-2034
Les taux définitifs pour la prochaine programmation ne sont pas encore fixés. La proposition de la Commission européenne du 16 juillet 2025 pose le cadre général du CFP (cadre financier pluriannuel) 2028-2034, mais les taux de cofinancement précis par catégorie de région seront définis dans les règlements sectoriels, adoptés après l’accord politique entre le Conseil et le Parlement européen – attendu fin 2026 ou début 2027. (Taux à confirmer dans les règlements sectoriels post-accord CFP.)
La nouveauté structurelle la plus importante, c’est la logique PPNR (Plan de Partenariat National et Régional). Contrairement à la programmation actuelle, le versement des fonds pourra être conditionné à l’atteinte de jalons et de cibles de performance mesurables – et pas seulement à la réalisation de dépenses. Pour un porteur de projet, cela change la nature du risque : livrer les résultats attendus devient aussi important que dépenser dans les règles. Pour en savoir plus sur cette réforme, consultez notre article dédié au PPNR 2028.
Les quatre régions françaises potentiellement reclassées « moins développées » – Martinique, Lorraine, Limousin et Picardie – pourraient bénéficier de taux plus favorables (jusqu’à 85 %) si cette catégorisation est confirmée dans les règlements finaux. Rien n’est acquis à ce stade.
Pour le contexte global de la prochaine programmation, notre guide complet sur la programmation européenne 2028-2034 fait le point sur l’ensemble des changements en cours.
Mini-glossaire des termes liés
Additionnalité : principe macro selon lequel les fonds européens ne peuvent pas remplacer les dépenses publiques nationales. L’État membre doit maintenir un niveau d’investissement structurel au moins équivalent à la période précédente. À ne pas confondre avec le cofinancement, qui s’applique au niveau du projet individuel.
Assiette éligible : part du budget total d’un projet qui peut être prise en compte pour le calcul de la subvention européenne. Seules les dépenses conformes aux règles d’éligibilité du programme (nature, période, justification) entrent dans l’assiette.
Reste à charge (ou contrepartie nationale) : part du coût total éligible que le porteur doit financer sur des sources autres que le fonds européen concerné. Calcul : Budget éligible × (1 − Taux de cofinancement).
Autofinancement : part du reste à charge couverte par les fonds propres du porteur de projet, sans recours à d’autres subventions publiques.
Double financement : situation interdite où une même dépense serait présentée à deux sources de financement européen distinctes. Entraîne le remboursement des sommes perçues et peut donner lieu à des sanctions.
Taux de cofinancement : pourcentage du coût total éligible d’un projet pris en charge par le fonds européen. Fixé au niveau du programme opérationnel, dans la limite des plafonds réglementaires par catégorie de région (Règlement UE 2021/1060, art. 112).
FAQ – Questions fréquentes sur le cofinancement européen
Qu’est-ce que le taux de cofinancement européen ?
Le taux de cofinancement est le pourcentage du coût total éligible d’un projet pris en charge par le fonds européen. Il varie selon le fonds, la catégorie de région et le programme opérationnel. Par exemple, pour un projet FEDER dans une région moins développée, le taux peut atteindre 85 % : sur 100 000 € de dépenses éligibles, l’UE verse 85 000 € et le porteur de projet doit trouver 15 000 € de contrepartie nationale.
Peut-on utiliser une autre subvention publique comme cofinancement ?
Oui, dans la majorité des cas. Les subventions de l’État, des régions, des départements ou des communes sont des sources de cofinancement acceptées et même courantes. En revanche, une même dépense ne peut pas être cofinancée par deux fonds européens différents (interdiction du double financement). Si vous recevez une subvention FEDER et une subvention FSE+ pour le même projet, elles doivent porter sur des dépenses distinctes.
Les taux de cofinancement changent-ils pour la programmation 2028-2034 ?
Les taux définitifs pour 2028-2034 seront fixés dans les règlements sectoriels, adoptés après l’accord politique sur le CFP (attendu fin 2026 ou début 2027). La proposition de la Commission européenne du 16 juillet 2025 ne précise pas encore les taux par catégorie de région. Les porteurs de projets dans les quatre régions potentiellement reclassées « moins développées » (Martinique, Lorraine, Limousin, Picardie) pourraient bénéficier de taux plus favorables – à confirmer lors de l’adoption des règlements sectoriels.
Pour aller plus loin
- Notre guide complet sur la programmation européenne 2028-2034
- Notre glossaire complet des fonds européens (page /ressources/glossaire/ à venir)
- Le tableau complet des taux de cofinancement par fonds et par région (page /ressources/taux-cofinancement/ à venir)
Sources officielles
- Règlement (UE) 2021/1060 du 24 juin 2021, article 112 – EUR-Lex
- Budget UE 2028-2034 expliqué – Commission européenne



